Les mesures de surveillance contre le prétendu dumping des salaires entraînent en Suisse, en particulier pour les petites et moyennes entreprises, un surcoût administratif. Les surveillants – syndicats et organisations patronales – applaudissent aux millions de francs qui rentrent dans leurs caisses.

On s’en souvient: il y aura bientôt 20 ans, alors que le Conseil fédéral, en pleine négociation des accords bilatéraux, souhaitait reprendre telles quelles les règles sur la libre circulation des personnes en vigueur dans l’UE, on vit les syndicats s’y opposer avec force : l’arrivée sur le marché du travail de salariés étrangers aux exigences bien moins élevées que celles des salariés suisses menaçait le niveau nettement plus élevé des salaires versés en Suisse. Les syndicats s’élevèrent avec véhémence contre cette volonté et n’acceptèrent en aucun cas de sacrifier le haut niveau des salaires suisses.

 

L’invention des « mesures d’accompagnement »

Les groupements patronaux, largement orientés vers Bruxelles, s’engagèrent alors aussitôt au côté des syndicats par l’intermédiaire des représentants du PLR au Parlement fédéral : ce fut l’invention des « mesures d’accompagnement ». Fixation des salaires et règles de contrôle permettant de juguler les conséquences négatives de la libre circulation des personnes. Le droit libéral du travail, fleuron de l’économie suisse jusqu’alors apprécié dans le monde entier, se vit dès lors toujours davantage réglementé.

Ce corsetage de l’économie eut pour conséquence de faire bénéficier sans façon les fonctionnaires des associations d’un nouveau produit dérivé alimentant généreusement leur propre caisse : les associations, aussi bien celles du patronat que celles des syndicats furent embarquées par les officines de l’Etat dans le cadre de nouvelles « commissions tripartites » en charge du contrôle des salaires et touchèrent alors de généreuses compensations en provenance des caisses de l’Etat. Ces généreuses compensations se muèrent avec le temps en source principale de revenu pour les associations participant aux commissions tripartites. En d’autres termes, un moyen diablement efficace pour répondre favorablement aux attentes et à la politique d’une administration disposant de si larges ressources.

 

Nouvelle mouture

La pratique observée jusqu’à ce jour semble s’être renforcée depuis peu d’un formidable moteur turbo.

Les médias et la classe politique ont réagi avec une sorte de stupeur, voire de consternation, en apprenant il y a quelques semaines que les syndicats s’opposaient avec véhémence à tout ramollissement – ou restructuration – des mesures d’accompagnement. Ce ramollissement désiré est le reflet de la politique de l’UE dans le cadre de la négociation sur le contrat-cadre qu’elle veut imposer à la Suisse. Ce contrat-cadre, fatal à la démocratie directe, devrait permettre à Bruxelles de trancher sur toutes les questions qui, selon sa seule et unique interprétation, « relèveraient du marché commun ».

Les syndicats se rendirent compte - certes tardivement, mais avant la fin des négociations – que les conséquences de ce contrat-cadre mettaient en danger les « mesures d’accompagnement ». Les syndicats, bien qu’en général sympathisants d’une adhésion de la Suisse à l’Union européenne, menacèrent de faire imploser le contrat-cadre si des modifications aux « mesures d’accompagnement » devenaient réalité. Cette prise de position déterminée prit de cours le Conseil fédéral et les organisations patronales et entraîna dans la foulée une vague de protestation accusant les syndicats de vouloir « bloquer » la situation.

Il se passa alors ce que les chefs syndicalistes avaient sans doute prévu d’avance dans leurs calculs: l’association « Economiesuisse », laquelle se targue volontiers d’être «représentative de (toute) l’économie » mais qui, de fait, représente essentiellement de hauts managers d’entreprises établis en Suisse et au service de grands groupes internationaux (70% des cadres étrangers) - proposa alors ses services comme «intermédiaire » ou facilitateur et se rangea au côté des syndicats.

 

 « La recherche du compromis »

Le « Parti Socialiste et l’Economie » voudraient maintenant faire pression sur la Berne fédérale pour l’encourager à demeurer « ferme » dans les négociations (Sonntagszeitung du 16 septembre 2018). C’est le signal qu’attendaient les spéculateurs gauchisants et les hauts responsables des syndicats pour marchander : les syndicats – sans pour autant lever leur opposition à l’accord-cadre – vont imposer pas à pas à Economiesuisse, de concession en concession, une régulation de l’économie toujours plus grande, jusqu’au moment ou les grands pontes syndicaux signaliseront, d’abord timidement, « une certaine disposition à faire un compromis » et d’entrer en discussion sur certains points des « mesures d’accompagnement », ceci pour autant que de nouvelles mesures étatiques touchant à la régulation et au contrôle des processus économiques soient prises. Alors et alors seulement, la Berne fédérale pourrait reprendre le cours de la négociation sur le contrat-cadre et Economiesuisse, apôtre d’une économie de marché libre, se laissera à nouveau manœuvrer par la gauche pour jouer son rôle de levier, juste afin de faciliter la réouverture des portes du côté de Bruxelles. Les fonctionnaires des associations de gauche et les fonctionnaires des associations patronales, toutes deux bénéficiaires des deniers publics, reprendront leur combat commun afin que les organes de contrôle des régulations puissent à nouveau fonctionner à plein régime.

 

Le bradage

La recette continuera à fonctionner comme elle a toujours fonctionné depuis les années 90, soit depuis le NON au traité sur l’adhésion à l’Espace Economique Européen.

S’il fallait qualifier l’engagement d’Economiesuisse au profit des intérêts de la gauche, le terme de « politique de bradage » serait le plus adéquat.

Il n’y a pas que la souveraineté du peuple, fondement de notre démocratie, qui serait bradée par la politique d’Economiesuisse. Le marché suisse du travail, qui a bénéficié jusqu’ici d’une certaine liberté au sein de la place économique suisse, serait lui-même bradé et avec lui des dizaines d’années de succès assurant à la Suisse et sa population le bien-être dont nous jouissons.

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27.09.2018 | 499 Aufrufe